Sky reflect

Située à l’en­trée de la Balade de Séprais, l’ins­tal­la­tion se compose de vingt-sept jantes récu­pé­rées ici et là et peintes en blanc mat. Recy­clées, elles forment vingt-sept supports pour des miroirs ronds. Ceux-ci offrent au ciel la possi­bi­lité d’un reflet et au visi­teur la certi­tude d’une oeuvre chan­geante au gré des saisons.

Sky Reflect se déploie donc hori­zon­ta­le­ment et assez près du sol, permet­tant au passant de s’y mirer, tel un Narcisse des temps modernes. Mais à défaut de se pencher au-dessus du bleu de l’eau, le spec­ta­teur s’ad­mire dans l’azur (ou le blanc, ou le gris) du ciel, ou encore dans le vert du sapin voisin.

Les miroirs en forme de disque s’ins­crivent dans ce projet de quête spiri­tuelle. Le Livre des symboles rappelle, pour sa part, que le miroir repré­sen­tait, dans l’Égypte ancienne, le disque solaire, « source de lumière conte­nant l’es­sence de la vie. » Quand il fait jour, Sky reflect se mue en un chape­let de soleils tandis qu’à la tombée de la nuit, il se méta­mor­phose en une constel­la­tion de lunes.

Mais le miroir est aussi un formi­dable terrain de jeu pour l’es­prit, qui s’amuse du « stade du miroir freu­dien », « De l’autre côté du miroir » de Lewis Caroll, ou du travail de Miche­lan­gelo Pisto­letto. En 1961, ce dernier a utilisé le miroir comme support afin d’im­pliquer le visi­teur. Il s’agis­sait pour l’ar­tiste italien de se concen­trer sur « un moment d’ins­tan­ta­néité » qui se créait entre l’oeuvre et le reflet passa­ger de l’ob­ser­va­teur. La parti­ci­pa­tion du spec­ta­teur est égale­ment au coeur de la réflexion d’Anish Kapoor dont Chris­tophe Bregnard a étudié l’oeuvre avec atten­tion.

« J’ai trouvé mon refuge dans le miroir, parce que chacun doit prendre la respon­sa­bi­lité d’ap­prendre à se connaître », dira Miche­lan­gelo Pisto­letto. Sky Reflect pour­suit un objec­tif simi­laire, ampli­fié par la présence de la nature.

Par quel enchaî­ne­ment de pensée l’ar­tiste a-t-il décidé d’unir le sort du miroir à des jantes aban­don­nées chez le carros­sier ? Tradi­tion­nel­le­ment, le miroir rond se trouve dans le sac des dames. Il est aussi l’ou­til du barbier. Ici, l’ar­tiste l’a posé sur le sol, prêt à absor­ber les beau­tés célestes. Ce faisant, le bleu du ciel (ou le vert du sapin, ou le gris du nuage) appa­raît à nos pieds, renver­sant au passage l’ordre des choses. Or, dans la concep­tion euro­péenne du monde, « tout ce qui est en bas est sous-évalué alors que tout ce qui est en haut est d’une valeur plus impor­tante. Dieu vit là-haut et l’en­fer est en bas. »

Sky Reflect 2018 / 900 × 260 cm

27 jantes, miroir, pein­ture

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