Depuis l’Antiquité, la sculpture a un corps, un poids, une densité visuelle. Le XXe s’est amusé de cette contrainte. En introduisant le mouvement dans ses mobiles, Alexandre Calder (1898–1976) nous fait oublier le poids des matériaux. Plus près de nous, les sculptures de Jeff Koons imitent à s’y méprendre les ballons de baudruche. Dans un autre registre, de nombreux artistes, comme James Turell, Olafur Eliasson ou Ann Veronica Janssens, jouent sur les propriétés de la lumière afin de créer une sculpture impalpable. À son tour, Levitation interroge la notion de légèreté.
Levitation comporte une structure en bois, couverte à intervalles réguliers de plumes symboles évident d’envol et d’élévation spirituelle. La plume de paon s’est imposée à l’artiste car elle est liée à un souvenir d’enfance. Petit, il allait en ramasser à l’Hôtel de la gare du village pour aider la propriétaire à se faire quelques sous.
Très décoratives et naturellement irisées, les plumes de paon constituent un matériau capable de susciter différents ressentis chez le spectateur : fragilité, séduction ou théâtralité. Symbole solaire dans la Grèce antique, le paon est aussi l’animal emblématique de Junon (Héra), déesse symbolisant l’air, ce qui établit un lien supplémentaire avec l’idée de lévitation.
Pour des raisons pratiques, l’artiste a assemblé « l’oeil » des plumes dans des paniers à vapeur. Ce support incongru suggère l’idée d’un mouvement potentiel, soit de fermeture, soit de réouverture, transformant chaque bouquet en un lotus.
Pêle-mêle et de façon poético-surréaliste, Levitation évoque une constellation d’étoiles soyeuses, une mandorle d’émeraudes ailées, un bouquet de nymphéas célestes, un mandala ovoïde, le printemps quand éclosent les bourgeons, ou encore les ailes d’un nouvel Icare. L’oeuvre offre à voir du jamais vu et ouvre la voie au rêve sans cesse renouvelé.
Lévitation 2018 / 2019 / 230 × 230 x 80 cm
21'700 plumes de paon, 140 paniers de cuisson en inox